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Bienvenue dans la jungle

23 avril 2017, par Emeline

Moteur hors-service, carénage, travaux divers qui s’accumulent … Nous décidons d’avancer la sortie d’eau (initialement prévue en avril) pour nous occuper du bateau qui en a vraiment besoin après avoir parcouru quasiment 7000 miles depuis Brest. Nous nous mettons donc en route pour une petite marina qui possède un terre plein au beau milieu de la jungle panaméenne. Bienvenue au magnifique pays des singes hurleurs, des boas, des toucans et des paresseux …


Une fois le bateau mis à sec, la dure vie de chantier commence : perché sur ses bers à 50 cm au dessus du sol, le bateau sorti de son élément naturel (et rafraîchissant), se transforme boite de conserve. Pas d’air, pas d’ombre. La température monte et nous atteignons les 34° à bord. Nous sommes pour ainsi dire liquéfiés, la sieste des filles devient difficile avec toute cette chaleur.
Nous nous mettons tout de même à la tache pour le nettoyage de la coque. Un racloir et une brosse à la main, il faut enlever tous les coquillages incrustés qui ont résisté au passage du karcher. Pendant ce temps les filles jouent aux Playmobils à l’ombre sous le bateau. Elles ne tardent pas à devenir aussi marron que le sol de terre et de cailloux, et aussi grises que l’antifouling qui nous dégouline de partout, le seau où baigne la brosse dans un magma grisâtre étant beaucoup plus intéressant à leurs yeux que leur bassine d’eau propre …

Petite curiosité locale : les nonos. Vous ne connaissez pas ? Imaginez un moustique en 4 fois plus petit et en 10 fois plus vicieux. Sorte de petit moucheron qui sévit dans certaines régions tropicales, sa petite taille lui permet de passer à travers les mailles des moustiquaires, et c’est la salive laissée au moment de la morsure qui provoque une réaction plus ou moins allergique chez l’homme. Ils attaquent par centaines sur le chantier, au lever et au coucher du soleil.
Je fais les frais de notre ignorance le premier jour, en passant de longues heures en fin d’après-midi à nettoyer la coque sans me méfier de ces minuscules et stupides moucherons. Je ne comprends mon erreur que quelques heures plus tard, trop tard … Les trois jours et nuits suivantes sont un calvaire de démangeaisons, les jambes et bras boursouflés par plus de 200 piqûres (pour certaines personnes la réaction est beaucoup moins importante, la morsure ne laisse qu’une petite trace rouge). Ma virée le lendemain à Puerto Lindo et Portobello pour faire les formalités d’entrée au Panama est un peu dure … En pantalon pour ne plus risquer la moindre piqûre et protéger mes jambes du soleil qui m’est insupportable, je meurs de chaud. Les frottements du tissu sont un supplice. Je comate pendant plusieurs heures dans un état second à attendre le bus, incapable de profiter de cette escapade pour visiter le petit bourg de Portobello, et à la limite de me sentir mal ...

La visite du mécano et de son fils associé à bord est aussi mémorable. D’un gabarit imposant, le père et le fils se calent avec difficulté à quatre pattes dans le passage qui permet d’accéder au moteur. Les filles dorment dans leur couchettes, à quelques centimètres d’eux. Il pleut à torrent, les hublots sont tous fermés, et nous progressons doucement dans la réparation du moteur, dans cette ambiance surchauffée à 100 % d’humidité, entre espagnol, anglais et mimes pour se comprendre. Les filles se réveillent, évidemment. S’ensuit le goûter au milieu des filtres encrassés, des outils éparpillés, le tout dans un doux parfum de gazole. Puis lorsque le moteur hoquette, puis tourne, et finit par retrouver son ronronnement habituel, c’est la victoire, les filles applaudissent !

Après 4 jours sur le chantier à jongler entre l’échelle à grimper avec les filles pour monter à bord, la chaleur écrasante, les pluies diluviennes qui nous obligent à nous réfugier à l’intérieur en fermant les hublots, les repas des filles, les siestes manquées, les jeux dans la terre, les moustiques, nonos et autres petites bêtes, l’impossibilité d’utiliser les toilettes du bateau, l’eau rationnée, les travaux n’avancent pas et nous sommes au bord de l’implosion … !
Une décision doit être prise, nous ne pouvons raisonnablement pas poursuivre les travaux avec les filles à bord. Michael reste donc au chantier pendant que je pars avec Adélaïde et Thaïs en France pour une petite pause de 3 semaines. L’occasion de revoir famille et amis avant de changer d’océan …

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2 Messages

  • Bienvenue dans la jungle Le 30 avril 2017 , par zan zan

    Hello hent eon. Vous avez la pleine empathie de zan zan. 4 jours de chantier aux BVI pour carénage sous une forte chaleur, avec le casse tête de l’eau, des wc et de la vaisselle, une échelle à près de 3 mètres de haut pour hisser suzanne et un cockpit ouvert sur l’arriére hyper dangereux pour la petite... On a même failli faire 4 jours de plus en raison d’un week end pascal non anticipé... Profites bien de ton séjour en France émeline et bon courage michaël pour les travaux. Bises de zan zan qui va traverser dans quelques jours vers les açores, la boucle commence à se boucler !

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    • Bienvenue dans la jungle Le 6 mai 2017 , par Emeline

      Salut ZanZan ! et oui un peu sport le chantier avec les enfants dans les pattes ... Bon retour vers les acores, vous etes tous les 3 a bord finalement ? Gros bisous de nous tous !

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