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Canal de Panama (1/2)

30 juin 2017, par Emeline

Vendredi 12 mai, 3h45 du matin, au mouillage dit « le Flat », Colon (Panama).
Michael et moi nous éveillons après une courte nuit, impatients de nous trouver enfin dans le vif du sujet. C’est aujourd’hui que nous passons le Canal du Panama … Nous avons rendez-vous a 4h avec l’advisor qui nous a été attribué pour le passage du canal, et qui doit être amené à bord par une pilotine.
VHF, Canal 12 :

- « CRISTOBAL SIGNAL STATION, CRISTOBAL SIGNAL STATION from HENT-EON, HENT-EON
-  « HENT-EON from CRISTOBAL SIGNAL STATION.
Your advisor is coming in ten minutes. OVER. »

Nos patientons sur le pont, il fait nuit. L’équipage, plus qu’au complet, gagne encore quelques minutes de sommeil à l’intérieur, chacun ayant trouvé tant bien que mal une place pour s’allonger. Fred et Nico sont en effet de la partie, car la réglementation oblige la présence à bord de 4 handliners et d’un barreur. Au Flat, deux autres bateaux nous tiennent compagnie. Chacun est sur le qui-vive, comme en témoignent les lumières qui s’allument. Le temps passe … 4h30, 5h, 5h30 … Enfin une pilotine se dirige sur notre petit groupe. Un premier advisor est déposé sur le catamaran, puis un deuxième sur l’autre voilier. A notre tour, maintenant. Ah, mais que se passe-t-il ? La pilotine s’éloigne sans venir nous voir, puis retourne d’ou elle vient ! Non, ce n’est pas possible ! Eh, ohé !! Et nous ?!

- « CRISTOBAL SIGNAL STATION, CRISTOBAL SIGNAL STATION from HENT-EON, HENT-EON !
- HENT-EON from CRISTOBAL SIGNAL STATION.
- We don’t have our advisor, what happen’s ?
- You’ve been cancelled.
- Ah … why ?
- …
- When we will transit ?
- Call again later. OVER. »

Passé le moment de surprise, et de déception, nous nous concertons. Tout le monde à bord est maintenant réveillé. Primo, un café chaud et un petit déjeuner s’imposent. Nous voyons s’éloigner avec envie les bateaux vers la première écluse … Après cette annulation sans préavis (dont nous n’aurons jamais l’explication), nous ne savons plus trop sur quel pied danser. Le principal problème est que Fred prépare aussi le passage de son bateau Diskabel trois jours plus tard, nous devions nous aider mutuellement en tant que handliners pour nos transit. Mais si nous prenons du retard, il va être difficile de concilier les deux passages, d’autant plus que Fred a encore des aspects logistiques à régler. Par conséquent, l’objectif urgent est de recruter au plus vite deux nouveaux handliners …

Me voila donc à parcourir en long et en large les pontons de Shelter Bay Marina, de l’autre coté de la baie, en essayant d’arborer un grand sourire convaincant et une mine pas trop fatiguée. De nombreux backpackers fréquentent cette marina, à la recherche d’embarquements, ou juste pour y passer quelques nuits sur un bateau hospitalier et continuer leur périple par la voie terrestre. J’ai la chance de tomber sur Ludovic, qui connaît tout ce petit monde, et qui me dégotte en cinq minutes notre premier handliner : Kapil. Pas besoin d’être très convaincante, Kapil est enthousiasmé des le départ. Petite originalité : il ne parle pas. Non parce qu’il est malentendant et muet, mais parce qu’il a choisi de ne plus parler. C’est donc un échange surréaliste anglais-langage des signes qui se déroule, pour convenir d’une heure et d’un lieu de rendez-vous. Pour le deuxième handliner, ce sera beaucoup moins simple … sans entrer dans le détail des tractations et des allées et venues entre la marina, de laquelle nous nous faisons chasser (pas le droit de rester ne serait-ce qu’une heure au ponton visiteur sans payer) et un mouillage improvisé devant la marina, duquel nous nous faisons également chasser par des militaires en lancha, nous embarquons finalement Eva sous une pluie diluvienne.
Un grain orageux très venté (un des plus gros qu’il nous ai été donné de voir) s’est abattu une heure plus tôt sur nous, alors que nous tournions en rond devant Shelter Bay. La foudre, d’une violence inouïe, est tombée à deux pas dans un bruit déchirant l’air, le cœur, les tympans et le cerveau … Nous sommes trempés jusqu ’aux os, et nous ne voyons plus a un mètre en avant du bateau. Tous instruments débranchés, nous gardons en visu une petite bouée jaune, repère dans notre déluge …

Dans l’après-midi, nous voila de retour au Flat avec nos nouveaux handliners, prêts pour le transit. Un appel à la Cristobal Signal Station nous apprend que nous sommes reprogrammés pour le lendemain à 17 heures. Ce sera donc un passage en deux jours, avec une nuit sur le lac Gatun.
D’ici la, nous avons 24 heures à tuer sur ce mouillage, d’où l’on ne peut pas débarquer, et avec une vue imprenable sur les docks de chargements / déchargements des cargos. Impressionnant mais pas très champêtre. Il pleut toujours à verse. A sept à bord, tout devient rapidement trempé et une petite odeur de chien mouillé fait son apparition : un passage du canal ça se mérite …
Nous mettons à profit ce temps libre pour sortir la guitare et faire connaissance avec nos handliners entre deux chansons. Eva, 34 ans, vient de Belgique, elle voyage depuis 2 mois en Amérique Centrale, après avoir pris un avion pour le Costa Rica. Sans idée précise de retour, elle aimerait trouver un embarquement sur un voilier pour traverser l’Atlantique en sens inverse. Sa fille de 14 ans est restée à l’école en Belgique.
Kapil, lui, est originaire d’Inde. En voyage depuis deux ans, ce trentenaire a parcouru plusieurs dizaines de pays à pieds et en avion, avec son énorme sac à dos et son barda. Dans une recherche plus ou moins spirituelle, Kapil a décidé de ne plus parler cette année, et de vivre sans argent. Sa philosophie et son mode de vie, qui voudraient se contenter de l’instant présent, possèdent cependant quelques contradictions …
Par ailleurs, aucun des deux n’a jamais mis le pieds sur un bateau qui navigue. Pas grave, nous sommes très contents qu’ils aient accepté de nous aider pour le passage du canal, et nous arriverons bien à nous débrouiller. Nous espérons tout de même ne pas être seuls dans les écluses, mais plutôt à couple d’un autre bateau pour n’avoir besoin que de deux personnes pour les amarres. Nous occupons la matinée du vendredi à l’apprentissage du nœud de chaise …
Nos deux handliners originaux sont également végétalien, pour Eva, et végatarien, pour Kapil. Des les premiers repas, nous sentons que l’aspect nourriture peut générer rapidement des tensions. Pas facile d’expliquer qu’on ne mange pas forcément comme si on était seul chez soi dans un bateau, et que les produits frais, fruits et légumes, sont à partager entre tous. Une bonne dose d’adaptabilité est de mise …

Enfin, 17 heures arrive …
Bien décidé à nous signaler avec insistance, nous voila très présents sur le canal 12 :

- « CRISTOBAL SIGNAL STATION, CRISTOBAL SIGNAL STATION from HENT-EON, HENT-EON.
- HENT-EON from CRISTOBAL SIGNAL STATION.
- We are ready on the flat. Is it still ok for our transit this afternoon ?
- Yes, it is.
- Thank’s, bye !
- OVER. »

- « CRISTOBAL SIGNAL STATION, CRISTOBAL SIGNAL STATION from HENT-EON, HENT-EON.
- HENT-EON from CRISTOBAL SIGNAL STATION.
- When our advisor will arrive ?
- Don’t worry, he will be there soon.
- Thank’s, bye !
- OVER. »

Peu de temps après, la pilotine tant attendue dépose à notre bord l’advisor Francisco …
C’est parti !!

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