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Canal de Panama (2/2)

30 juin 2017, par Emeline

Samedi 13 mai 2017

C’est avec le soleil couchant que nous pénétrons derrière un gros cargo dans la première écluse du canal de Panama, cette écluse mythique dont la porte se referme doucement sur l’Atlantique. Nous quittons donc au sens propre du terme cet océan, notre océan, car il est celui qui baigne les côtes de notre pays. Adieu monde connu, nous partons vers un nouvel univers …

Séquence émotion pour Michaël et moi, quelque peu perturbée par Adélaïde et Thaïs qui réclament à cors et à cris à manger. D’ailleurs tout s’enchaîne rapidement, pas le temps de rester oisifs. L’eau monte à gros bouillons, nous faisant gravir une dizaine de mètres en quelques minutes. Domitille et Michaël sont à poste pour les amarres tribord. Une fois récupérée la pomme de touline lancée par les deux agents en haut du quai (digne d’un rattraper de balle au base-ball), les aussières sont filées, puis bloquées. Il faut récupérer le mou au fur et à mesure de la montée du bateau pour éviter que notre convoi (nous sommes à couple de deux catamarans) ne se mettent en travers de l’écluse. Une fois le niveau haut atteint, coup de sifflet, « SLACK ! » crié par l’advisor, les aussières filées en sens inverse, puis nous avançons en procession vers la nouvelles écluse.
Je profite d’un moment de répit avec les filles pour jeter un œil dehors. Vers l’arrière, par-dessus la porte, nous apercevons maintenant d’en haut la baie de Colon, toute illuminée de son activité incessante dans la nuit, et l’Atlantique. C’est impressionnant, c’est émouvant …

L’histoire du Canal de Panama est longue et tragique. Débuté en 1880, le Canal n’a été inauguré qu’en 1914, après la faillite de deux entreprises françaises, plus de 20 000 morts, puis le rachat par les américains, et l’achèvement des travaux 10 ans plus tard pour un coût total de 400 millions de dollars. Le désastre français a eu pour cause le travail dans un environnement très difficile, auquel les ouvriers du canal n’étaient pas préparés. Eau non potable, fièvre jaune, animaux dangereux, nature hostile, les français n’ont pas pu faire face et ont été décimés. Le tracé initialement prévu, sans écluses, a d’ailleurs été abandonné au profit d’un tracé plus simple mais nécessitant l’élévation au niveau du Gatun Lake. Depuis l’ouverture du Canal, plus de 850 000 bateaux ont transités entre les deux océans. Un canal parallèle, le Panamax, a même été récemment achevé pour permettre le passage des super porte-conteneurs, impressionnants en taille …


Les deux écluses suivantes s’enchaînent. Tout à notre travail nous oublions presque de servir le repas de notre advisor sur la dernière écluse. Il faut savoir que les consignes sont assez pressantes sur le soin accordé aux repas des advisors … Pas de blagues sur le sujet, il faut servir des repas copieux, chauds, bons, avec protéines, proposer des snacks régulièrement, des boissons fraîches, bref être aux petits soins … Domitille s’applique sur le service, digne d’un restaurant côté chez Michelin … Francisco semble satisfait, ouf !

Désaccouplement avec nos deux catamarans acolytes pour gagner le mouillage, puis ré-accouplement sur un corps-mort. La pilotine vient récupérer les advisors avant de nous laisser pour une nuit à 32 mètres au dessus du niveau de la mer, un peu à part du monde. Le lac Gatun, qui a une superficie de 432 km carré, est en effet interdit à la navigation, à part pour les transits des navires. D’ailleurs seuls les voiliers en transit sont autorisés à passer une nuit sur le lac, les gros navires faisant le passage d’une traite de jour comme de nuit.

Dimanche 14 mai 2017

8 heures du matin, nous voila prêt à repartir, avec Freddy notre nouvel advisor à bord. Le programme de la matinée est assez monotone : nous devons parcourir au moteur à 5 nœuds les 20 miles du canal qui serpente à travers le Panama, jusqu’aux Gaillard Cut (canal artificiel très étroit, creusé pour joindre le Gatun Lake à l’océan Pacifique), pour atteindre les trois écluses descendantes 7 miles plus loin. Nous avons tout le temps pour servir un petit déjeuner avec force toasts, confiture et œufs à Freddy, qui ne rechigne pas sur la nourriture …
Je rêve d’apercevoir un crocodile, qui sont ici dans leur domaine mais je ne vois rien à l’horizon.




Snacks à 10 heures, déjeuner à midi, goûter à 16 heures …. Après avoir passé la journée à manger nous arrivons enfin à la Pedro Miguel Lock.
Nous nous relayons aux amarres, la descente se passe sans heurts malgré une petite alerte alors qu’à l’entrée (un peu rapide) dans une nouvelle écluse notre aussière arrière file trop vite, menaçant le convoi de venir taper la porte … Il faut rester concentré.
A 20 heures enfin la dernière porte s’ouvre devant nous.

Océan Pacifique, nous voila !

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