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Il s’en fallait de peu

2 août 2016, par Emeline

La nuit est bien noire maintenant, il doit être 23h environ. Depuis une heure le vent s’est levé en passant à l’Est. On dirait même qu’il donne un peu au Sud. Il s’engouffre dans la petite baie de Muros, et creuse les vagues qui viennent terminer leur course sur le quai en levant un méchant clapot.

Les deux autres voiliers au mouillage sont ballottés dans tous les sens. Moins près du quai et donc un peu moins secoués on se dit qu’on aimerait pas passer la nuit à leur place.
« - Tu es sûr de notre mouillage ?
- Le mouillage oui, il est sûr, l’ancre a bien croché et puis on a déjà 40m de chaîne. Par contre l’annexe et le moteur m’inquiètent un peu.
- On a qu’à remonter le moteur alors. Mais on rajouterai pas quelques mètres de chaîne quand même ? Je le sens pas trop le mouillage ce soir. »

Nous rentrons dans le bateau. Michaël s’affaire sur la baille à mouillage, il doit fixer le bout de la chaîne au fond de la baille avant de remettre quelques mètres à l’eau. Adélaïde et Thaïs dorment profondément. Tout en cousant des renforts sur le bimini, j’écoute les vagues dont la crête écumante vient lécher les flancs de la coque. Difficile de croire que deux heures plus tôt nous prenions paisiblement l’apéritif... J’avais même fait un petit tour en annexe dans la baie pour photographier les lumières du soleil couchant.

Ça commence à secouer sérieusement. Puis tout à coup :
« -Tu as senti ?
- Senti quoi ? me répond Michaël empêtré avec la chaîne.
- Ça.
- Ça, quoi ?
- Çà, la. Ça secoue fort, non ? Tu sens pas ?
- Non je sens rien, j’ai la tête dans la baille. C’est les vagues, non ?

Un œil dehors, Mic allume le sondeur. Je vois son regard et d’un coup je comprends… Ni une, ni deux, Michaël, pieds nus, se précipite au guindeau. J’ai déjà allumé le moteur et mis en avant. Nous décampons.
Arrosé par les vagues, Michaël relève notre ancre emberlificotée dans une vieille amarre envasée qui devait traîner au fond de la baie depuis longtemps. Pourquoi tous ces tours dans la chaîne ? J’essaie tant bien que mal de garder le nez du bateau dans le vent. Les multiples changement de direction et de force du vent de ces trois jours passés dans la baie ont l’air d’avoir eu raison de notre mouillage pourtant bien pris. J’ai le temps de constater – un peu tard - que mon alignement de sécurité est complètement dépassé.

Sitôt l’ancre sur le davier, je mets en avant toute pour nous éloigner de ce quai qui paraît si proche. Difficile de distinguer dans la nuit noire ou sont les viveros qui se fondent dans les vagues très creuses. Il y avait des bouées de mouillages par là aussi, me dis-je. Et ce ponton flottant, ou est il ? Ce n’est pas le moment de rajouter un épisode à nos mésaventures. Tiens, un autre voilier du mouillage est en train de partir aussi.

« - On fait quoi maintenant ? »
Partir de nuit alors qu’il y a ces viveros partout dans la baie nous semble un peu compliqué, et puis tous les abris du coin doivent être aussi exposés avec ce vent qui déboule de la Ria. Le vent siffle, la mer sombre et bouillonnante paraît menaçante.
« - Je sais pas, t’en dis quoi ?
- On va au chaud dans la marina ? »

Le lendemain matin nous discutons avec l’équipage qui a fui le coup de vent en même temps que nous. Les yeux rivés au sondeur et au quai ils ont préféré partir avant le talonnage. Leur anémomètre donnait des rafales à 37 nœuds. Pas mal pour une nuit prévue tranquille par les bulletins météo. Le troisième voilier a tenu jusqu’à 2h du matin avant de se réfugier lui aussi dans la marina. Pour nous, pas de dégâts malgré l’amorce d’échouage, mais la leçon est bien passée, et l’amour propre en pris un coup …

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5 Messages

  • Il s’en fallait de peu Le 2 août 2016 , par philippe et mp bras

    bonjour les kerbrat j ai lu votre récit c ’est chaud quand même, nous sommes rentrés de vacances après 15 jours passés à Sanary sur mer dans le var 35 degrés à l’ombre 22 degrés l’eau super !! faites bien attention à vous c’est passionnant de lire le récit de Emeline on dirait un livre .Gros bisous aux petites à bientôt de vous lire pensons très fort à vous marie pierre.

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  • Il s’en fallait de peu Le 3 août 2016 , par Dodo

    Aïe aïe aïe, la frayeur ! Rien qu’au titre de l’article, je me suis dit "mazette, ils s’est passé un truc " !
    L’ancre a dérapée parce que la prise au vent était devenue trop importante ?

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    • Il s’en fallait de peu Le 3 août 2016 , par Emeline

      en fait on a pas trop compris. Ca faisait 3 jours qu’on était la et le vent avait déja bien soufflé sans qu’on aie le moindre problème. On suppose que comme le vent venait d’une autre direction, que ca secouait bcp avec la mer formée et qu’on était pris ds ce fameux bout, l’ancre a fini par décrocher. En fait notre grosse erreur a été de ne pas surveiller assez régulièrement.... mais tout s’est passé en un quart d’heure !

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