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La face cachée du voyage

31 janvier 2017, par Emeline

On n’en parle pas souvent parce que ce n’est pas très intéressant, mais le revers de la médaille du voyage en voilier existe bel et bien. C’est un peu le prix à payer pour notre vie de vagabonds des océans, une sorte de rançon du bonheur.

Commençons par les courses. A la maison, on prend la voiture et l’affaire est réglée en une heure ou deux. En voyage, on commence par chercher un supermarché pas trop loin, puis on fait les courses avec sac à dos, poussette, diable, sacs en plastique, on revient chargés comme des mules, et on fait 3 tours d’annexe pour tout ramener au bateau … Si le supermarché est vraiment loin on prend un bus ou un taxi pour le retour. Parfois par chance le supermarché fait des livraisons, ou bien on peut garder le caddie jusqu’au ponton, et alors la on est vraiment contents. Arrivés au bateau et les courses chargées à bord, ce n’est pas fini pour autant … Depuis qu’on a mis en place notre plan de prévention anti-cafards (voir plus bas), il faut enlever tous les emballages et rincer à l’eau de mer. Fruits et légumes, bouteilles, boites de conserves, paquets en tout genre, tout ce qui rentre dans le bateau doit être débarrassé des larves de cafards …

Suivant les pays, il est plus ou moins facile de remplir son caddie. Espagne, Portugal, la vie n’est pas trop chère et les habitudes alimentaires sont assez similaires au nôtres. Faire ses courses de fruits, légumes, viandes ou poissons au marché couvert dans les Canaries est un réel plaisir. Au Cap-Vert, gros contraste, c’est très pauvre. Quand on est arrivés à Sal, on avait plus grand-chose à manger dans le bateau, et dans les toutes petites épiceries il n’y avait presque rien, tout était très cher … Idem pour les fruits et légumes vendus sur les étals aux coins des rues (mais là on a surtout pensé qu’on avait le droit au tarif « touriste »). On en a déduit que les gens mangeaient principalement du poisson, du riz, et du maïs, le tout souvent cuisiné en cachupa (sorte de ragoût à base de maïs). De l’autre coté de l’Atlantique, les îles des petites Antilles sont beaucoup influencées par les Etats Unis. A la Barbade et à Sainte Lucie, difficile de trouver un aliment qui ne soit pas enrichi en vitamines, acides et autres compléments alimentaires. Tout est également hors de prix … on sort du supermarché avec un caddie à moitié vide mais la note est quand même bien salée !
On a donc essayé de changer nos habitudes pour trouver une nouvelle manière de manger. On a surtout acheté des aliments de base : farine, lait, lait de coco, huile de coco, œufs, sucre, riz, pâtes, thon, etc, et cuisiné beaucoup de pains, gâteaux, brioches, mangé des galettes de maïs, des fruits et légumes locaux … On a fait un trait sur les tablettes de chocolat, le beurre, le fromage, le saucisson, la viande, …
De retour en « France » en Martinique, nous avons apprécié retrouver nos petites douceurs habituelles, à des prix normaux. Beurre salé, baguettes, confitures de fruits antillais, charcuterie, yaourts, fromages, salades de fruits frais, …

Les lessives. Je crois que c’est une des choses les plus faciles et peu coûteuse à faire à la maison qui devient vraiment compliquée et chère en bateau. Suivant les pays, il est plus ou moins facile de trouver une laverie, et les prix sont plus ou moins raisonnables … S’il n’y a pas de laverie, ou que la machine de 5kg dépasse 10€, c’est parti pour la lessive à la main. Qui n’est pas si facile non plus car l’eau est une ressource très limitée pour nous … A quatre à bord, et surtout deux p’tits bouts qui se salissent beaucoup, on a l’impression d’avoir un budget lessive énorme et de passer notre temps à laver du linge.

La douche. A la maison on peut prendre à toute heure du jour ou de la nuit une petite douche bien chaude en 10 minutes. Pour nous, il faut être motivé : pour commencer il faut avoir anticipé le chauffage de l’eau dans la douche solaire, puis ne pas se décider trop tard pour la prendre (en fin d’après midi c’est l’idéal) sinon l’eau est redevenue froide, ensuite hisser la douche solaire sur la drisse de grand voile et installer dans le cockpit la cabine de douche. Tout ça pour prendre une douche moyennement chaude de 1 à 6 litres, avec un tout petit débit, et la cabine qui se colle à la peau dans les coups de roulis … Quand l’endroit s’y prête bien on se douche dans la mer avec un petit rinçage a l’eau douce ensuite.

Pour internet, on trouve souvent des connexions dans les cafés, mais il faut aller boire un coup à chaque fois qu’on veut se connecter. Un filon très fiable dans les villes assez grandes est McDo. On y est bien assis, il y a des prises 220V, les connexions sont bonnes, et surtout on a aucun scrupules à profiter de tout ça sans consommer …

En ce qui concerne l’eau, au début du voyage nous n’avons pas eu trop de problèmes pour remplir nos cuves. L’eau se trouvait facilement et était potable, donc remplissage aux pontons avec un tuyau d’arrosage. Depuis le Cap Vert, c’est beaucoup plus compliqué. L’eau est rare et/ou très chère, nous devons faire des corvées d’eau pour remplir nos cuves par bidons de 5L. Il faut ensuite ajouter des pastilles pour purifier l’eau. Pour économiser l’eau douce, nous faisons la vaisselle à l’eau de mer dès que nous sommes au large ou dans une baie relativement ouverte. Nous récoltons également l’eau de pluie à l’aide d’un taud percé au milieu et d’un tuyau. Une nuit bien pluvieuse nous fournit 20 litres, ça nous fait quelques douches !

Pour le gazole, nous essayons au maximum de nous approvisionner dans des stations services automobiles. En effet, le gazole des cuves destinées aux bateaux est moins brassé. Des bactéries y prolifèrent et viennent colmater les filtres à gazole du moteur si on ne fait pas attention. Dans tous les cas, il faut ajouter une dose de produit antibactérien dans le réservoir pour éviter le développement de ces bactéries.


Les cafards. C’est un peu la hantise de se réveiller une nuit en entendant des cafards se balader dans le bateau … Il y en a depuis Madère, on en voit pas mal sur les pontons et dans la rue. Le défi consiste donc à éviter leur intrusion à bord. Le problème c’est qu’un cafard à l’agonie se met à pondre, histoire de faire durer l’espèce. Et que (apparemment) les cafards se baladent souvent avec des larves sur eux, qu’il sèment un peu partout … On rince donc tout ce qu’on peut à l’eau de mer, chaussures, roues de la poussettes, sac à dos qui traînent par terre. Les fruits et légumes restent à l’extérieur dans un filet suspendu. On rince également les courses car dans les entrepôts de marchandises il y a des cafards qui traînent et qui pondent sur les emballages. On en voit même se balader entre les rayons des supermarchés …
Mais on fait tout ça sans être vraiment surs de notre coup, car on est pas experts en cafards, et on a pas pu avoir de données scientifiques sur leur mode de vie ! Certains pensent que l’eau de mer les tuent, d’autre que c’est plutôt le chlore, et qu’ils nagent très bien dans l’eau de mer. Il faut donc faire un peu le tri dans les discussions de pontons et essayer ne pas devenir paranoïaques … Jusqu’à présent ça marche plutôt bien, on a eu seulement une fausse alerte le jour du départ pour la transat, quand on a aperçu un bébé cafard se promener dans le fond du cockpit … mais comme on en a pas vu d’autres ensuite (s’il y a un bébé cafard, ça veut souvent dire que toute la portée est la aussi, soit environ 200 bébés cafards) on s’est demandé si ce n’était pas une autre espèce d’insecte.

La promiscuité. Vivre à 4 dans un bateau de 10.3 mètres de long et 3.6 m de large représente également un petit défi … Difficile de dire de combien de mètres carré habitables nous disposons, mais ça doit s’approcher de 2 si on respecte la loi Carrez. Heureusement on s’aime beaucoup et on s’entend plutôt bien ! C’est surtout vis à vis des filles que la place manque. A leur âge elles ont besoin d’espace pour gambader et d’un peu de liberté pour jouer et s’exprimer. Nous vivons 24h/24 ensemble, c’est à la fois très chouette de les voir grandir, mais un peu contraignant car nous avons l’impression de passer beaucoup de temps a leur dire de ne pas faire ceci ou cela (en particulier sur un bateau ou tout peut vite devenir dangereux). Et pour nous un peu de tranquillité et de liberté ne serait pas du luxe …

Voilà donc un petit aperçu de notre vie quotidienne de voyageurs au long cours. Au bout de quelques mois on s’habitue à ces contraintes, certains nous rebutent toujours un peu, et d’autres ne passeront jamais vraiment (les cafards écrasés du macdo de Fort de France, et tous ceux qui, bien vivants, ont rappliqué quand on s’est assis sur un banc pour manger une pizza toute chaude … ça nous a coupé l’appétit !).
Mais au final notre mémoire oubliera les mauvais souvenirs pour ne garder que le meilleur de notre voyage …

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6 Messages

  • La face cachée du voyage Le 6 février 2017 , par Dodo

    Raconté comme ça, c’est presque enthousiasmant, ça fait aventure à fond, bref ça a l’air génial.
    Rien que de dire "mission eau", ça donne envie d’aller la pomper :) mais je confirme, que toutes ces choses essentielles prennent beaucoup de temps et d’énergie...
    (et il manque les chapitres "poubelles", "lavages de biberons" et "formalités administratives" !)

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  • La face cachée du voyage Le 11 février 2017

    Salut Hent Eon !
    C’est complètement vrai, on confirme, et on n’en parle pas assez ! Et en plus, comme toujours, c’est bien écrit.
    A bientôt ?
    Marjo et Clem, Passmoilcric

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  • La face cachée du voyage Le 16 février 2017 , par zan zan

    C’est exactement ça.... J’aurai tant voulu avoir le temps (et le talent !) pour rendre compte de cette face cachée du voyage. Quoique tout cela semble moins contraignant qu’au début, on s’habitue. On remonte des grenadines vers le nord, on se recroisera peut être en route. Suzanne serait ravie de jouer avec des copines et nous de trinquer. Bises de zan zan

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