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Na Na (Bye Bye) les Tuam-Tuam !

2 octobre 2017, par Emeline

Kauehi, Fakarava, Aratika, Apataki, Ahe. Nous parcourons les Tuamotus d’atoll en atoll, enfin une petite partie seulement car il y en a soixante dix-sept … De quoi y passer quelque temps, pour venir se perdre dans les lagons reculés ou personne ne va jamais. De quoi nous faire rêver pour un prochain voyage …

A Apataki, nous découvrons le plus bel endroit des Tuamotus. Seul derrière la barrière de corail, le motu Rua Vahine est entouré de sables clairs qui forment des petits bancs, mouvants au gré des tempêtes. Le récif s’étend à perte de vue, fragile frontière entre le bleu profond de l’océan et le turquoise éclatant du lagon. Il est habité par Moe et Erani, deux jeunes et sympathiques trentenaires qui ont décidé depuis quelques années de vivre ici, sur le motu ou Erani a passé son enfance. Ils font beaucoup de coprah, et pêchent pour subvenir a leurs besoins. Les arbres qui entourent la maison forment un magnifique jardin, bien entretenu par Moe qui a des talents de paysagiste. Erani et Moe nous accueillent à bras ouverts sur leur motu, qui est également un lieu de pèlerinage. Il abrite en effet Tara Hae, statue de corail représentant la déesse de la mer, au pied de laquelle les marins de Polynésie et d’ailleurs se recueillent pour être protégés du mauvais sort. Et comme le dit Erani, on n’est pas vraiment arrivés aux Tuamotus tant qu’on a pas rendu visite à Tara Hae.

Nous passons de très bons moments avec nos hôtes et nos amis de Riboul, et offrons a Thaïs une superbe journée polynésienne d’anniversaire. Notre moussaillonne a maintenant 2 ans, une grande fille pleine de vie qui maîtrise les termes marins mieux que la vie citadine, malgré sa coquetterie (elle adore mettre tous ses bijoux : bracelets en graines des Marquises, perles noires des Tuamotus et colliers de coquillages d’Aratika)

Ahé, c’est l’atoll ou Bernard Moitessier a vécu pendant trois ans avec sa compagne et son fils, sur le motu Poro-Poro situé juste à coté du village. C’est donc pleins de curiosité que nous mettons pied à terre au petit quai, essayant de reconnaître les lieux d’après les photos de son livre. Mais le temps et l’oubli sont passés par là, les maisons se sont construites et les habitants, même les plus âgés, n’ont pas l’air de se souvenir …

Tant pis, nous continuons notre chemin vers le nord de l’atoll, en direction du motu Manu qui abrite une des dernières forêts primitives encore existantes aux Tuamotus. La navigation à travers l’atoll est assez complexe à cause des centaines de petites bouées utilisées pour la perliculture, qui sont disséminées à travers le lagon et souvent reliées entres elles. L’un de nous doit donc constamment monter en haut du mat pour avoir une meilleure vision des réseaux de bouées, et également repérer les têtes de corail. Les filles en profitent évidemment pour faire mille et une bêtises, testant notre maîtrise des manœuvres sous les cris et les pleurs …

En chemin nous faisons étape chez Tirène, rencontre inoubliable avec cette femme au grand cœur. Nous perfectionnons avec elle notre technique de pêche au bernard-l’hermite (méthode traditionnelle de pêche à la ligne aux Tuamotus). Âmes sensibles s’abstenir, car le pauvre bernard-l’hermite doit se faire proprement sortir de sa coquille puis sectionner vivant, de manière a obtenir deux beaux appâts (un avec l’abdomen, l’autre avec la tête), les pattes sont jetées à la mer pour appâter. Un soir, Tirène m’emmène dans sa barque pour une partie de pêche, beaux souvenirs de ce crépuscule et fierté de remonter quelques belles prises, que Tirène approuve d’un œil expert … Nous sommes maintenant assez habiles pour pêcher notre ma’a (repas) nous-mêmes, un pas en avant dans la vie paumotue !

De son côté, Tirène ne chôme pas, car dès qu’elle a finit sa récolte de coprah, elle prépare des sacs entiers de poissons et de noix de coco pour envoyer à sa famille par le bateau ravitailleur. En retour, son fils qui habite Moorea lui envoie fruits, légumes et matériel divers. Puis, après le passage du bateau, elle reprendra le coprah, et ainsi de suite tous les 15 jours.
Nous passons de très bons moments en compagnie de Tirène, pour qui la présence de Thaïs et Adélaïde est un rayon de soleil car elle ne voit quasiment jamais ses deux petits-enfants. Elle nous gâte donc chaque jour avec plein de bonnes choses, coco fraîches, coco sèches, légumes de son potager, herbes aromatiques, poissons, poulet, … Nous essayons de notre côté de lui faire découvrir les saveurs de chez nous en lui cuisinant pains et gâteaux. Tirène nous offre aussi deux magnifiques cadeaux : un coupe-coupe pour ouvrir les noix de coco fraîches, et un couteau à filets pour les poissons. Belle leçon de générosité quand on voit le dénuement dans lequel vivent les paumotus …

Au fil des jours, notre activité favorite devient l’apnée. Nous nous entraînons a décompresser dans des aquariums sous-marins féeriques, ou les récifs de coraux foisonnent de poissons. C’est un autre monde que nous découvrons sous l’eau. Nous progressons petit à petit, sous l’œil attentif des filles qui jouent dans l’annexe transformée en piscine : « Papa il a mis sa tombi, moi zai un lytra », « Ze naze, ze naze, maman ze naze ! ». La matinée s’achève invariablement à la plage, ou nous nous prélassons avec les filles qui courent après les bernard-l’hermite.



Le temps passe agréablement, mais un peu trop vite à notre goût. Il faut déjà quitter Ahé si nous voulons échapper au mara’amu (fort vent de sud-est) qui se prépare. Nous n’avons bien sur pas envie de quitter les Tuam-Tuam, escale la plus appréciée de notre voyage, coup de cœur tropical de la planète … Nous nous promettons de revenir un jour, d’ailleurs nous n’avons pas eu le temps de visiter le motu Manu !

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