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Nuit en mer

29 octobre 2016, par Emeline

Mercredi 26 Octobre, 14h30. Après quelques au-revoirs aux amis navigateurs de Santa Cruz, nous quittons la marina pour rallier l’île voisine de La Palma, distante de 110 miles nautiques. La météo n’est pas très engageante mais après deux semaines d’escale forcée à Ténériffe (pour faire les vaccins de Thaïs et à cause du mauvais temps) nous avons envie de voir du pays. Les dépressions qui se succèdent et stagnent au nord des Canaries depuis quelques temps laissent enfin voir une petite accalmie pour se faufiler jusqu’à La Palma. Et puis du vent de sud, c’est une bonne opportunité pour aller vers cette île située un peu au nord-ouest de Ténériffe. Les astres étant donc tous à peu près alignés en notre faveur, nous décidons de partir …

Au passage de la digue qui protège le port de Santa Cruz, la houle et le vent forment déjà un méchant clapot. Nous abattons pour partir vent arrière vers la pointe nord de Ténériffe, que nous atteignons rapidement. Nous surfons à pleine vitesse sur une grosse houle, grand voile à un ris et génois plein. Entre temps, à peine réveillées de leur courte sieste, Adélaïde et Thaïs se mettent à vomir en même temps. Enfin, disons plutôt que quand l’une vomit, l’autre, de la voir vomir, vomit à son tour. Plus question de goûter. Nous nous efforçons de tout nettoyer rapidement, en retenant notre respiration pour ne pas succomber à notre tour à cause des odeurs …
Manœuvres de voiles incessantes, nous réduisons la toile pour la remettre aussitôt après dans ces vents irréguliers au nord de l’île. Le vent de secteur sud est masqué par la pointe, nous nous retrouvons parfois à un nœud pour ensuite partir au lof dans de fortes rafales. La houle de sud se mêle également à celle de nord-ouest pour former une mer chaotique, mais tout de même moins forte qu’au départ, permettant aux filles d’émerger un peu de leur torpeur.
20 heures, la nuit tombe. Au loin devant nous, un orage gronde. Je suis de quart, alors à chaque éclair qui illumine la nuit j’essaie d’évaluer à quelle distance il peut bien être et dans quelle direction le vent le pousse. Pour me rassurer Michael me dit qu’il n’y a aucun risque tant qu’on ne touche pas la coque. Malheureusement il est difficile dans notre bateau en acier de s’asseoir dans le cockpit sans toucher la coque …
Les quarts se succèdent, de même que les manœuvres de voiles. Bon plein, grand largue, vent arrière, pétole, vent debout, puis au près sur la bonne amure, le vent passe par tous les secteurs avant de s’établir pour de bon sud-sud-ouest, une fois dégagé de l’influence de Ténériffe. Nous arrivons tout de même à grappiller quelques heures de sommeil, allongés tout habillés et trempés par les paquets de mer dans le carré. L’ambiance est assez étrange. La nuit très noire devient peu à peu étoilée au dessus de nous. Sur bâbord, l’île de Ténériffe est coiffée de gros nuages sombres, avec la masse du Teide se devinant au dessus des lumières de la vallée. Sur tribord, dans la direction ou se trouve la dépression, les grains et les orages restent toujours visibles. En fin de nuit, un petit croissant de lune très brillant se lève sur notre arrière, diffusant une lumière surprenante pour sa petite taille.
7 heures, lever du jour. Le vent adonnant légèrement nous marchons bon plein, puis travers, plus qu’une quarantaine de miles à parcourir. Les grains nous entourent, certains semblent accrochés au reliefs des îles. Adélaïde et Thaïs se réveillent pour le petit-déjeuner. Après leur avoir servi leur biberon nous tentons tant bien que mal de les faire jouer au milieu des coups de roulis des vagues. Thaïs n’est pas en grande forme. Fièvre, rhume, mal de mer, vaccins, elle pleure beaucoup. Nous prenons soin d’elle, mais nous ne pouvons pas du tout nous reposer dans ces conditions.
13 heures. A quelques milles de l’arrivée Thaïs hurle, inconsolable dans mes bras. Michaël se prépare à faire une arrivée en solo dans des conditions un peu musclées. Le port de Santa Cruz de La Palma est ouvert au sud, et le vent et la houle s’engouffre jusqu’à l’intérieur de la marina située tout au fond du port. Heureusement, j’arrive enfin à endormir Thaïs et je ficelle Adélaïde dans son siège, me voila libre pour la manœuvre. Tant mieux car la pluie s’invite et nous apercevons les mats des bateaux danser dans la marina, nous ne serons pas trop de deux sur le pont.

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