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San Blas

7 mai 2017, par Emeline

Les San Blas, ou plus originellement le Guna Yala, est un territoire autonome du Panama, composé d’une bande de jungle située sur la façade atlantique du continent, ainsi que d’une multitude d’îles, plus de 350. Nous avions passé quelques jours dans cet archipel, sans moteur, et nous y sommes revenus un mois plus tard pour en profiter plus longuement, après les travaux sur le bateau.





A notre premier passage, nous étions dans la fin de la saison sèche. Au deuxième, c’est déjà le début de la saison des pluies. Nuance subtile, c’est vrai, mais nous le ressentons très nettement … Le Panama est pour nous ce que nous avons connu de plus tropical dans notre vie : chaleur étouffante, manque d’air, humidité constante, pesanteur de l’atmosphère, soleil écrasant, peau moite, transpiration. Nous tentons de nous abriter des rayons du soleil en étendant tous les tauds et toiles dont nous disposons, et nous traquons chaque souffle d’air pour l’attirer à l’intérieur du bateau. Peine perdue, nous sommes en nage dès 7h du matin jusqu’à 20h, avec un pic de transpiration en milieu de journée … Nous faisons des suppositions pour deviner à quel point le Pot-au-noir peut ressembler à cela, ou bien si ce sera pire encore …
Seuls les grains nous apportent un peu de fraîcheur. Grains, pluies diluviennes, orages, éclairs, grondements qu’on l’on entend très souvent dans le lointain. Parfois un orage tout proche nous surprend dans la nuit, nous sortant du lit pour débrancher tous les appareils électroniques.

D’îles en îles, nous parcourons la partie ouest de l’Archipel, à la découverte de ce territoire et de ses surprenants habitants. D’une hauteur au dessus de la mer bien souvent inférieure à un mètre, nous mesurons la fragilité de cet environnement, qu’une montée des eaux, même faible, anéantirait. Au nord, les îles sont peu peuplées, et font directement face à la mer des Caraïbes. Des récifs coralliens cassent la houle, protégeant ainsi des bassins naturels dans lesquels nous venons mouiller. Ce décor de rêve a tout de mêmes quelques inconvénients majeurs : les nonos sont bien présents à terre, saison des pluies oblige. Et le manque de vent leur est favorable, pour notre plus grand déplaisir. Requins et crocodiles sont également présents sur les lieux.
Nous nous baignons donc avec prudence …











Au sud, les îles plus proches du continent sont davantage habitées. Nous tentons de rentrer en contact avec les Gunas, à grand peine. Ce peuple, d’origine indienne, est un des peuples les plus « préservés » au monde. Les violentes invasions espagnoles subies ces derniers siècles ainsi que des rapports houleux avec le Panama les ont confortés dans un repli identitaire strict. Aujourd’hui toutes les relations sont apaisées, mais l’ouverture extérieure n’est pas souhaitée : les unions avec des « étrangers » sont interdites sous peine d’être banni, et le mode de vie reste très traditionnel.
Les Gunas vivent de leurs cultures sur le continent, ainsi que de la pêche. Le tourisme leur apporte maintenant un revenu dont ils tirent profit : les femmes vendent les molas qu’elles ont confectionnés. Ce sont des assemblages très colorés de pièces de tissus finement cousues, qui forment des motifs géométriques ou des animaux stylisés. Le droit de mouiller devant une île, ou le droit de mettre pied sur une autre semble également une source prolifique que les Gunas savent exploiter …
L’habillement des femmes est composé de molas, de tuniques colorées à manches bouffantes, de bracelets de perles sur les jambes et les avant-bras, et d’un anneau doré dans le nez. Chez les hommes, la mode semble plus libre.
Du fait de leur habitat, les Gunas sont d’excellents marins, maniant la pirogue avec dextérité. A la rame ou à la voile, leur équilibre sur ces embarcations peu stables est étonnant, d’autant plus que les pirogues sont souvent pleines à craquer avec 6 ou 8 personnes à bord, la moitié étant souvent des enfants en très bas âge.





Notre visite de l’Isla Maquina nous impressionne : nous pénétrons dans un village très compact composé de cases serrées les unes contre les autres. Les ruelles de terre battue, très étroites, forment un dédale dans lequel nous perdons tous nos repères. Nord, sud, droite, gauche, nous ne savons plus ou nous en sommes. Chaque centimètre carré de surface au sol est utilisé, jusqu’au bord de l’eau ou des petits murets sont construits, sans doute pour se protéger lors du mauvais temps. Les jardins minuscules abritent quelques bananiers, d’ailleurs peu d’arbres ont été conservés sur l’île. Les cases sont faites en tiges de bambous, les toitures en feuillages. Quelques cases mieux loties ont des toits de tôles. Les rares bâtiments « en dur » de l’île sont l’école et le Congresso, lieu ou se rassemblent tous les habitants chaque soir pour une réunion avec les chefs du village.
Les ruelles sont si serrées que l’air ne circule pas, il fait une chaleur suffocante. Les cases très sombres nous laissent entrevoir un aménagement dépouillé, ainsi que les hamacs dans lesquels les Gunas dorment. Notre présence impromptue ne semble pas déranger le moins du monde, les femmes essaient de nous attirer dans leur case pour nous vendre des molas.
Mais la barrière de la langue nous limite dans les échanges avec les Gunas, qui nous paraissent également assez fermés quand il ne s’agit pas de leur acheter ou de leur donner quelque chose. Le temps que nous passons au mouillage devant Isla Maquina est un défilé de pirogues venant réclamer des bières, de l’eau, des magazines, de l’argent pour envoyer une petite fille à l’école, … Dommage, nous aimerions en apprendre plus sur leur mode de vie.

Nous repartons, Domitille monte en vigie dans le mat pour repérer les récifs qui ne sont pas notés sur les cartes. La zone sud de l’archipel est en effet mal cartographiée, et après quelques petites « surprises », nous préférons rester prudents, d’autant plus que la visibilité dans cet atmosphère lourde et grise n’est pas bonne.
Miridiadup, Ogoppiriadup, Kalugirdup, Banedup, Whichubuala, Naguarchirdup, Tiadup, Uchutupu Dummat, Nuinudup, Olosicuidup, Guariadup, ……. nous achevons notre déambulation parmi ces îles aux noms enchanteurs, me laissant des San Blas le sentiment d’un paradis un peu inhospitalier.

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